Un schéma directeur télécom commence toujours par un état des lieux. La qualité de l'audit détermine celle de tout ce qui suit : un flux oublié dans l'audit, c'est un service mort le jour de la bascule. Voici la checklist que nous déroulons en AMO, secteur par secteur.

Pourquoi l'audit télécom est la moitié du travail

Les projets télécoms n'échouent presque jamais sur la technologie : ils échouent sur l'inventaire incomplet. La ligne fax du service comptabilité oubliée, la ligne d'alarme de la baie serveur, le modem du distributeur automatique : chacun de ces flux RTC oubliés devient une panne au moment où personne ne peut se permettre une panne.

L'audit a trois livrables : la cartographie des flux (qui appelle qui, par quel canal), la matrice des risques (que perd-on si ce flux disparaît), et le plan de trajectoire (quand et comment migrer chaque flux).

Phase 1 — Cartographier les accès et les flux

  • Inventaire des accès opérateur : RTC, RNIS (T0/T2), trunk SIP existants, liaisons spécialisées — avec contrats, échéances et clauses de sortie
  • Recensement des SDA (Sélection Directe à l'Arrivée) : chaque numéro, quel site, quel usage
  • Flux entrants : qui appelle ces numéros ? (clients, fournisseurs, internes) — les numéros à forte valeur (SAV, direction) exigent une attention particulière
  • Flux sortants : destinations fréquentes, coûts par destination, détection des numéros spéciaux
  • Interconnexion des sites : liaisons inter-sites, VPN, MPLS — le trunk SIP privé a-t-il déjà une route ?

Phase 2 — Chasser les applications cachées

C'est ici que les audits amateurs s'arrêtent et que les migrations échouent :

  • Fax : combien, où, quelle criticité ? (T.38 ou passage en passerelle analogique)
  • Alarmes et télésurveillance : lignes dédiées des centrales d'alarme, ascenseurs (norme EN 81-28)
  • Modems legacy : télémétrie, comptage, terminaux de paiement (TPV dial-up, de plus en plus rares mais encore là)
  • Interphonie : portail d'immeuble, interphonie de site — la télécommande analogique
  • Lignes bancaires dédiées : certains systèmes de transaction utilisent encore des canaux RTC
  • Autoradio et diffusion : postes de site, radios PMR interconnectées

Chaque flux caché identifié doit recevoir un plan de traitement explicite : migrer, remplacer (IP), ou décommissionner. « On verra » n'est pas un plan.

Phase 3 — Évaluer la qualité de l'existant

  • Mesure QoS de référence : Mos, gigue, perte sur les liens actuels (voir notre article QoS ToIP)
  • Dimensionnement Erlang : canaux simultanés réels (mesurés, pas estimés) par site et par tranche horaire
  • Qualité des liens WAN : débit, latence, pertes — le trunk SIP exigera mieux que le RTC
  • Redondance : que se passe-t-il si le lien tombe ? (routage de secours, numéros de débordement)

Phase 4 — Auditer la sécurité voix

  • PABX/IPBX : version, mots de passe par défaut, interfaces admin exposées
  • SBC : y en a-t-il un ? (la frontière SIP sans SBC est une porte d'attaque)
  • Fraude télécom : surveillance des appels sortants anormaux (les fraudes « premium » coûtent des millions par an)
  • Enregistrement des conversations : obligation réglementaire selon votre secteur, rétention documentée
  • Conformité réglementaire : registre des communications, RGPD pour les enregistrements, AI Act si IA vocale en production

Phase 5 — Projeter la trajectoire

  • Classification des flux : critère = criticité × complexité de migration
  • Scénarios de migration : par site, par service, hybride RTC/SIP transitoire
  • CAPEX/OPEX : coût de la bascule vs coût du maintien RTC (qui monte chaque année)
  • Préparation Voice AI : le trunk SIP est la porte d'entrée de l'agent vocal, prévoyez le raccordement maintenant

Livrables d'un audit DalonCorp

Notre état des lieux produit trois documents opposables :

  1. La cartographie des flux (schéma + tableaux), validée avec vos équipes
  2. La matrice des risques : chaque flux classé par criticité et par échéance de fin RTC
  3. Le plan de trajectoire chiffré : scénarios de migration, budget, planning, avec les sources

C'est ce plan qui alimente le schéma directeur, et chaque décision reste opposable : rien ne se décide « à l'intuition ».

Pour aller plus loin